chapitre deux

Tout peut m’arriver tout peut m’arriver… !

Je suis acculé.
Je dois liquider mon aboulie.

Je m’amuse avec une seringue hypodermique
Je fais quelques prises de sang sur une zone délicate
Ça me plait les vases communicants

J’ai un terrain vague à l’âme et ça me travaille

Je suis fou je suis fou je suis les filles dans la rue
Jusqu’aux croisements cruciaux

Ça fait mal, Hein ? ça lance, non ?

Hier j’ai vu j’ai vu

Là je perd mes maux le poison est absorbé digéré liquéfié

Je me roule dans le sang qui sèche j’ai le droit

Après tout c’est mon sang

Le soulagement. Il n’y a que le soulagement qui compte. Toutes les autres formes de plaisir sont facétieuses, superflues. Hop, une ampoule de morphine !

On ne réalise pas le « bonheur », on ne le vit pas, il passe en effaçant le présent, les moments divins ne sont que fugues. Le présent n’a jamais existé.
Pas pour nous.

Il faudrait viser l’équilibre mais je ne fais que m’en écarter. Je vise l’excès, la démesure, la débauche, la flambe. Plus grave et sérieusement je vis le Mal.

Pourquoi ?

Gâchis parmentier. Mon met d’excellence.

Je me souviens d’un aphorisme de William Blake : « les chemins de l’excès mènent aux palais de la Connaissance. » Cela rejoint la pensée de Bataille sur ce qu’il appelait « la part maudite », l’art du sacrifice, de l’offrande.

Plus tu écriras, et sans adjuvants je précise, plus ta langue devrait se dessiner, s’aiguiser et trancher comme une lame. Trouve une mythologie profane.

J’aime détruire. Je suis fasciné par les ruines. J’ai besoin de ça. Je n’étais pas là au commencement, mais je compte bien participer au crépuscule des hommes.

Finalement, qu’est-ce qu’on raconte ? Quel est l’intrigue dans mes mots, y-a-t-il une énigme émotionnelle, plutôt qu’intellectuelle ?

J’ai vu comme personne la journée passer se dérouler comme un tapis rouge, là, allongé sur l’herbe, j’ai vu les nuages s’émouvoir auprès du soleil, j’ai vu l’arc-en-ciel roucouler près des éclairs, j’ai vu cette journée, le temps perdait sa densité, on remplaçait la plume par le plomb, en suspens, là, vous qui ne pouvez pas voir !

Silence mail. Je suis perplexe.
Et toujours la blanche feuille digitale

Allonge son vide face à mes yeux cristal

Silence mail, mon verre se brise au creux de mes mains

Du sang, encore.

Pourquoi tout ce blanc, autour c’est le noir mystère, ici il y a de la lumière mais pas un mot, c’est à moi de dire, c’est à moi d’écrire, de combler l’avarie.

La littérature a horreur du vide.

J’emmerde Internet. Solitude je remonte les fuseaux horaires pour te voir, pour te rattraper, mais où vont toutes ces heures perdues sinon rien à perdre sauf l’Autre, Toi, enfin je te retrouve changé mais la même.
Je suis venu te ramener à la maison.

Je ne crois pas avoir vécu depuis l’enfance.

Cioran, l’empereur de l’aphorisme. Celui-ci me foudroie de beauté et d’émotion :

« Je donnerais tous les paysages du monde pour celui de mon enfance. »

je suis allé au cimetière aujourd’hui, voir K., un vieil ami suicidé de la société, un ancien compère du vice des stupéfiants. Il n’a pas de pierre tombale.

Je l’aimais et c’est peut-être pour cela que je l’ai oublié, qu’il ne hante plus mes limbes ni mes songes.

Je n’ai pas de photos de lui sauf dans mon cortex où se déroule le film de sa pute de vie.

Taux maximum de névroses sur l’échelle de Richter. Saturation. Implosion. Explosion. Dopamine inondant la synapse.

Je vois la photo de mon frère à Milan, tiré en format A4, les lois du hasard l’ont saisi dans une pose de Dieu grec, cigarette à la main. J’aime cette photo. Elle est Glamour, en fait.

Elle me comble.

Je faisais de la photo argentique pendant mes études. J’avais un petit labo dans un cagibi. Ça m’a donné le goût de la « mise en scène fixe », j’ai si peur du temps qui passe que j’ai toujours un petit appareil sur moi pour saisir le Temps, l’attraper, me l’approprier, en jouir. C’est la piètre revanche du mélancolique. Et puis je n’ai rien inventé, à part quelques poèmes.

Je regarde mon frère, il est grand, je suis fier de lui. Il est grand. Il travaille à Milan, où les femmes sont belles et sophistiquées.

Projection.

La poésie et l’imaginaire c’est tout ce que j’ai trouvé pour lutter contre la sécheresse de l’existence : cette absence de plaisir et d’amour, insupportable.

J’arrache les peaux mortes de la stratification

Je passe sous une échelle je souris un aveugle me tend les bras

Je mords à la faune éclectique du forum des Halles

Je me nourris à l’abreuvoir public j’ai soif de civisme

Je tourne le dos à une poignée d’année d’espoirs

Et si j’avais cru pour rien ?

Toujours pas d’email de L.

Le passé ne reviendra pas cloué au sol par des croque-morts éclopés
Un passé qui a le trait des ombres

J’ai tardé sur la route
Ça ne fonctionnait pas
Mes jambes me harassaient
Comme une écume amère
Elles tombaient à terre

Tu sais quoi ?
j’ai aimé un pantin
j’ai la gueule de bois
Donne-moi ton aspirine

Lundi panique
Le week-end a duré dix ans
J’ai perdu le sens de l’effort
J’ai trouvé des mots qui font du tort
Echoué sur un site porno de l’Internet
De l’amiante cousu sur mes bronches
Je cherchais la vérité du sexe
Et Je n’ai vu que des contrefaçons
Travestis respirant le malaise
Identités en détresse

Comme un mal de dent
Comme un mal de tête Un mal de fête la défaite
Ça lance le jour et la nuit

Le passé est un manège
Entre hier et demain
Qui brasse les miasmes de nos naufrages affectifs

Je procède par élimination. J’efface tous les monuments. Le pont-neuf d’abord, la tour Eiffel ensuite j’annule tout ça me gène, m’irrite, j’ai le droit non ?

Paris brûle t – il ?

Je n’ai pas été heureux depuis… ? Là, j’ai un sentiment de vide, le trou noir mémoriel.

Eu MME S. au téléphone. Ça n’a l’air de rien, mais ça représente beaucoup, cette femme compte. J’espère qu’elle pourra venir rue Racine.

L’affaire L. : qu’on touche à mon présent, je m’incline mais qu’on veuille saboter mon passé et son imaginaire, je ne pourrai jamais l’accepter, impossible. Seul les Dieux détruisent les mythes.

Attentat sur la ligne express Présent-Passé

Saturation d’émotion à l’écoute d’une cantate de BACH BWV 21, ravissement esthétique et mystique. La vie devient solaire enfin.

La lucidité. Lucide…Lumière, luminescent. Cicatrice permanente lestée au plomb.

A fuir dans toutes les ivresses au risque d’y laisser sa peau ne pas rester seul face à elle, trouver un subterfuge, voire une arnaque, la leurrer, la mettre en demeure, la gager au jeu…

Là bas, j’irai planter un arbre avant la pluie. En silence. Grave.

Dur, très dur, abattement. Samedi soir très seul. Lucidité d’insomniaque. Regrets.
Comme la vie peut et sait nous briser. Ce que je vis, c’est une immense et océane déception sentimentale et imaginaire, l’affaire L ou la déception onirique.

Je crois que je suis fou.

Avec une arme à feu je tiens 24 heures. Il n’y a pas une minute de plus entre moi et le canon.

Il faut que j’arrive à me désincarcérer.

Oubli.

Je vais tomber. Erigé.

Aboulie infecte.

J’ai laissé passer les Choses de la Vie. Je ne suis pas intervenu.

Je suis décroché du mur de mon salon.
Je passe à la salle à manger je n’ai pas faim j’ai trop oublié j’ai trop saccagé mon appétit

Les images sont sages.

Le temps qui passe, ça me trépasse. facile, je vous le concède…

Il n’y a pas d’ivresse dans la réalité, il faut aller la chercher ailleurs et là ça coince. Dyonisos n’a pas pignon sur rue.

J’ai la barbe de mille jours. Je suis un porc épique.

Fiction d’images. Fulgurances de visions en rafale. Je ne veux plus jamais espérer, basta. Il fait froid jusque dans mes cordes vocales.

Je veux rêver désespéré, lucide. Assez des films de Lelouch. Le glamour n’existe pas, c’est un mythe des publicitaires si tant est qu’un publicitaire crée des mythes. Le glamour, c’est toujours les autres, jamais soi.

Quelqu’un m’a parlé aujourd’hui.

L’agilité d’esprit, très important, dans les affaires comme avec les femmes.

A chaque instant

Ce que je n’arrive pas à écrire, je le tue.

La fête totale a-t-elle existé ?

Je donnerai ma vie entière en échange d’une année de complète et saturée intensité, de gloire, d’accomplissement, de flambe, de séduction ; heure après heure, une fête sans gueule de bois. Du feu, du feu, du feu, de l’oxygène, de l’air et puis du champagne surexcité.

La photographie, sublime objet de ravissement.

Ce qui compte, en fait, c’est la Vie. Les choses de la Vie, les mots, le monde du langage.

« Le cynisme c’est connaître le prix de tout et la valeur de rien. »

Wilde.

Celui qui n’aime pas le langage ne peut aimer la Vie, celui qui n’a pas de langage n’est pas au monde. Il zone sur un terrain-vague.

Gainsbarre est mort de partout à la fois. Il a eu plusieurs morts. En même temps.

Le passé, c’est une autre vie. Je crois que c’est Nietzsche qui disait que l’homme doit vivre dans l’oubli pour sa survie. Animaux oublieux.

Je plane je plane je ne suis pas dans la réalité comment faire deux nuits blanches l’euphorie est retombée

Le MP3 ou le déluge, l’orgie de musiques, juke-box sans limites, boulimie de sons, zapping et inconséquences au quotidien. De quoi alimenter « la haine de la musique » de Pascal Quignard.

J’ai envie de tirer ma révérence après le livre. Erreur sur la brise.

La fatigue d’être soi, entiendes ?

Je suis sec. Le puits est vide. La faille profonde. Le danger immédiat incessant.

Tout est transformé.

Urgence.

Le manteau noir du soleil est se projette sur ma tempe. Il frappe à ma porte.

Sensation inconnue marchant au pas. On se débat dans les interstices, il faut équilibrer les niveaux, mettre de l’huile entre les gonds qui ont le pli du Mal.

J’ai des images qui s’entêtent. Qui viennent s’écraser, s’emboutir.

Crash-test facial je me regarde dans le verre brisé je ressemble à mon idéal

Confiance dans les sillons de mon visage

Visage qui dévisage l’Idéal
Je sursaute en sursis
Ruiné par la vie mon portrait s’annule
Le portrait de Dorian Gray sous une couche de pixels

J’ai des images qui s’altèrent qui se tordent
Véhiculées

Le regard est électrique

La phase et le neutre se tendent

La tension fuit court-circuitée

Il faut faire quelquechose avec les mots.

« Qu’est-ce que tu deviens ? », Question qui me décompose.
Devenir chaque jour alors ?

Il en reste ?
J’en ai encore ? Dis-moi.
J’en ai besoin pas envie

Je crise cardiaque.

J’ai de la haine contre mon époque. J’ai envie de la massacrer. De lacérer l’écran de ma télé où trône le dernier tronc.

Si peu d’Amour pour tellement d’envie. On ne peut pas tout sublimer. Les limites du symbolique.

Espoirs furtifs détalant comme des lièvres.

Mélancolie maligne je tente de sortir par la fenêtre la porte est condamnée
Déviation

J’ai cherché
Rien dans ma besace
Qu-est-ce que je cherche ?

C’était trop bon. Je paie.

Ça va toi ?
Oui ça va et toi
Moi ça va mais toi ?
Quand j’y pense ça va moins bien

Ça ira quand même ou j’appelle le SAMU ?

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